Quelques rêveries cosmiques cosmoquant-fr

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Communication. Communications. Tout a un prix, même le sourire !

Le 06/12/2022

De mémoire d’hommes, il n’y a jamais eu autant d’humains sur Terre ; jamais autant d’objets connectés permettant qu’ils communiquent entre eux.

Et pourtant, bien des habitants des cités géantes qui s’égrènent aujourd'hui à la surface de la planète vous le confesserons : ils ne se sont jamais sentis aussi seuls.

Ils ont, en dehors de leur propre famille (s’ils en ont encore une ou s'ils ne se sont pas fâchés avec elle) ou de leurs collègues de travail - mais avec combien d’entre eux peuvent-ils vraiment parler à cœur ouvert ?- la sensation anxiogène et désespérante d’errer dans une foule qui les ignore.

Elle est pourtant bien là cette foule ! Ils ne la rêvent pas ... Chaque matin en se rendant au travail, ils la voient. Elle est omniprésente : dans les rues, dans les métros, les bus et les trains bondés de banlieue.

Mais, sauf à cogner par mégarde le coude d’une de ces ombres passantes, ces innombrables fourmis semblent aveugles et elles ne se parlent pas.

C’est pour cela qu’à la fin de mon adolescence, j'ai fini par rêver des campagnes luxuriantes et des horizons maritimes. J'ai finalement choisi d’aller vivre dans l’univers certes plus restreint mais infiniment plus humain d’une petite ville de campagne… et de prendre le temps qu’il fallait pour méditer sur l’incommunicabilité des pensées humaines.

Comme l’a découvert Descartes il y a bien longtemps : ils (les humains) sont là, donc ils pensent. Ils ont tous quelque chose dans la tête, une voie intérieure plus ou moins bien articulée et plus ou moins bien consciente d’elle-même ; mais ils l’ont.

Leur unique mais gigantesque problème : ils ne savent pas articuler clairement leurs pensées et ils ne mettent pas en place des systèmes sociétaux autorisant la transmission sincère de celles-ci pour le cas où ils seraient finalement parvenus à la formuler.

Le rêve d’échanges harmonieux.

Quand on interroge un individu isolément et qu’on lui demande de formuler à quoi ressemblerait sa société idéale, celle dans laquelle il aimerait vivre, les réponses décrivent bien souvent le rêve d’une communauté heureuse, communicante sans taboue, capable d’échanger dans l’écoute et dans le respect des autres, le tout de façon apaisée.

Eh bien, cette société n’existe pas !

Les gens aspirent au bonheur mais peu ont atteint ce nirvana. Et s’ils ont parfois cette sensation d’être au paradis, ce n’est jamais pour bien longtemps.

Les gens ne peuvent pas communiquer sans tabou. Tout simplement parce que les humains se regroupent en communautés d’action (le travail, le syndicat, le parti politique, l’association, l’église, etc.) et que chacune d’elles a un vocabulaire qui lui est propre en ce sens qu’il est ajusté à son activité ; et que tout bonnement chacune développe une logique interne dans la manière d’ordonner son vocabulaire (C’est sa grammaire) ; et que bien évidemment chacune a des codes de conduite vis-à-vis de chacun de ses membres et de ceux des communautés extérieures.

Les gens ne communiquent pas dans l’écoute ou dans le respect des autres, et le tout de façon apaisée ! Parce que lorsqu’ils communiquent, c’est pour imposer quelque chose à quelqu’un d’autre (pour le commander, pour lui donner l’ordre de) ou pour obtenir quelque chose de l’autre (un gain financier, une reconnaissance).

Les gens commandent et obtiennent avec plus ou moins d’insistance, par ruse, diplomatie, en douceur ou par violence. Pour ces raisons, les dialogues et les échanges finissent par devenir de tristes pugilats ; parfois la main armée remplace l’impuissance des mots et des stratégies de séduction.

Il n’y a donc pas d’échange gratuit, pas de neutralité confraternelle vraie et comme l’avait compris l’organisateur de nos vacances sénégalaises : tout a un prix, même le sourire !

© Thierry PERIAT, 24 novembre 2022.