Le pari de Pascal

Un pari osé

 Le doute est permis, dans le domaine de la foi comme dans celui des sciences. Pascal s’est occupé du premier. Les chercheurs se préoccupent du second. Dans une œuvre posthume (Les pensées), Pascal fait le pari, osé pour son époque, qu’il vaut mieux croire en Dieu que de pas y croire. Pourquoi ? Parce que s’il n’existe finalement pas (la thèse des athéistes), on ne risque rien. S’il existe, il valait mieux affirmer être a priori de son côté. C’est ce que certains appelleraient aujourd’hui un « gagnant – gagnant » !

Quelle utilité ce pari peut-il avoir aujourd'hui pour les sciences ?

Le problème du bilan énergétique concernant les régions vides de l’univers a profondément animé les milieux scientifiques au cours des quarante dernières années. Combien y-a-t-il d’énergie dans le vide ? Y-en-a-t-il même ? Je l’ai déjà indiqué sur la page consacrée au vide, aux vides, tout dépend du versant par lequel la question est abordée : relativiste ou quantique.

Pour le premier : il n’y en a pratiquement pas. Par ailleurs, les volumes vides intersidéraux situés loin des concentrations de matière exhibent une remarquable stabilité. Pour le second, il y en a des quantités astronomiques. Qui plus est, les régions vides connaissent une activité incessante à cause des oscillations erratiques des champs qui les envahissent. Elles sont fondamentalement instables.

Les deux points de vue offrent ainsi à ceux qui aiment raisonner une situation duale : stabilité d’un côté ; instabilité de l’autre. Laquelle des deux représentations décrit-elle correctement la réalité physique ?

La similitude avec le pari de Pascal ne saute pas immédiatement aux yeux. Mais il pourrait y être fait référence en se demandant s’il n’y aurait pas intérêt à « croire » la vision quantique ? Si les zones vides ne font l’objet d’aucune fluctuation, alors elles sont stables. Ce qui englobe de toute façon la vision relativiste et n’en fait pas perdre les avantages. Si elles abritent des fluctuations, alors il n’était pas faux de l’avoir supposé.

Le pari de Pascal en cosmologie

Comment donner un visage à ce pari dans le cadre de l'approche quantique ?

Après avoir énoncé le débat sur les énergies présentes dans les régions vides en ces mots, il reste à trouver des outils rationnels pour lui donner un visage acceptable par tous.

Je n’ai rien trouvé de mieux pour illustrer ce pari que le raisonnement développé par Lamb et Rutherford pour expliquer le dédoublement des raies [01 ; complément HIV ; pages 468-473].

Mais cette fois-ci, les deux états énergétiques à relier sont 1) celui de la vision relativiste, E1, et 2) celui de l’approche quantique, E2.

A la limite quantique, ce raisonnement montre qu’il existe trois manières de relier les deux niveaux. Ce résultat insolite soulève de nouveaux questionnements. Est-il en lien avec un critère permettant de doter ces régions vides d’une structure d’algèbre involutive ? Représente-il une propriété essentielle des zones vides ? Laquelle ?

© Thierry PERIAT, texte de mars 2009 revu et corrigé le 29 janvier 2024.

Bibliographie utile

[01] Mécanique quantique I; Cohen-Tanoudji, B. Diu et Fr. Lalöe ; 1977.