Lise Meitner

Hommage à une figure féminine de l'histoire de la physique

La vie des scientifiques, peu importe le pays où ils ont vu le jour, n’a jamais été un long fleuve tranquille ; pour preuve : cette petite histoire vraie commencée Outre-Rhin en 1878.

Sa vie universitaire a été une sorte d'enfer ; sa recherche, elle l’a conduite dans une cave. A savoir si elle aurait eu le prix Nobel si elle avait été un homme ? Nul ne pourra le dire jamais mais le fait est que ses collègues masculins, eux, l’ont eu !

Commençons par le commencement. Elle visite l’école élémentaire puis le collège à Vienne (Autriche). Elle acquiert un certificat en langue française qui lui permettra plus tard de demander une autorisation de séjour. Son père est avocat et elle a six frères et sœurs. Elle débute son cursus universitaire au cours duquel elle étudie la physique, les mathématiques et la philosophie à une époque passionnante.

Les rayons X viennent d’être découverts ; A. Einstein publie sa version restreinte de la théorie de la relativité ainsi que son hypothèse sur les quanta.

Son travail final porte sur la conduction thermique dans les corps inhomogènes. Elle devient la deuxième femme à laquelle est attribué le titre de « docteur ». Ce qui lui donne le droit, en 1906, de devenir l’assistante de l’assistant du chef de laboratoire à l’institut Louis Boltzmann.

Après le suicide de son chef, et après avoir fait la connaissance de Max Planck, elle part vers Berlin où, à l’époque, toute la recherche se fait. Grâce à Henri Rubens, elle atterrit chez Otto Hahn. Elle tombe à pic pour mener les études sur la radiochimie débutante... excepté le fait qu’elle est une femme. Ses chefs trouvent un compromis : elle mènera ses recherches ... à la cave de l’institut !

Un peu avant la première guerre mondiale elle étudie la radioactivité, et notamment les décompositions alpha et beta, avec l’assistant du laboratoire.

Puis, en 1912, elle gagne le droit d’être l’assistante du professeur Otto Hahn avec lequel elle travaillera jusqu’en 1938 – exception faite des années de guerre 1915-1917.

1938 : c’est à la fois l’année de la découverte de la fission nucléaire à laquelle ses idées et ses propositions avaient fortement contribué et l’année où elle est contrainte de s’exiler. Le parti national-socialiste allemand intensifie en effet ses pressions.

Elle poursuit l’étude des fondements théoriques de la fission nucléaire à Stockholm en Suède. A part une courte apparition à l’université catholique de Washington, elle reste en Suède jusqu’en 1960. Puis elle part vers Cambridge où, en 1966, elle obtient le prix H. Fermi. Elle a alors 88 ans. Elle meurt deux ans plus tard en 1968.

Personne n’aura deviné son identité à la lecture de ces lignes parce que personne ne la connaît en France. C’est bien compréhensible puisque l’hexagone est le pays où les Curie ont laissé un nom. Leurs découvertes ont pris le devant de la scène dans le domaine qui était aussi un peu le sien. Il en est probablement de même dans son pays d’origine : la partie autrichienne de l’ancien empire austro-hongrois aujourd’hui dissous.

Beaucoup trouverons aussi sans doute à redire au fait qu’elle a travaillé en Allemagne entre 1933 et 1938 dans une branche que l’écologie déteste, l’énergie nucléaire, et dans un contexte politique que d’autres, plus clairvoyants avaient déjà soigneusement pris soin de quitter. Pour autant et même si certains s’en plaignent, les français, savent bien que soixante-dix pour cent de leur électricité est d’origine nucléaire (chiffre EDF, 2017).

C’est bien connu : la critique est aisée mais l’art est difficile. C’est étonnant de constater à quelle point notre époque rejette sans nuance les acquis durement gagnés par nos prédécesseurs ; et parfois sans rien proposer de bien concret en échange ; juste pour le plaisir de contester ou de discuter un ordre établi.

L’incapacité à faire travailler l’écologie et la haute finance de concert alors que d’autres l’envisagent, y travaillent et y parviennent, alliée à des attitudes infondées de dénigration systématique à l’égard du progrès technique, sans compter les querelles partisanes habituelles, valent sans doute aujourd’hui à la France de ne plus avoir de représentation écologiste au parlement de la quinzième législature de la cinquième République (2017 – 2022) ! Bien malheureusement.

Pourtant, l’aspiration écologiste est bonne ! La recherche d’énergies alternatives nouvelles et une meilleure gestion des ressources actuelles sont une nécessité impérieuse. Si certains pensent encore que ce progrès se fera sans l’aide des scientifiques, et en particulier des « matheux » ou des biologistes... ils se trompent lourdement ; l’épisode douloureux du COVID 19 devraient les en convaincre définitivement !

Quelle tristesse pour la France d’avoir encore quelques politiciens dont les idées se sont figées en 1870. Madame Lise Meitner (lien externe Wikipédia-FR), car c’est d’elle qu’il s’agit, j’espère que vous pardonnerez à tous ceux qui ont oublié vos travaux.

© Thierry PERIAT, initialement paru le 22 juin 2017 et remis en ligne en avril 2020 après relecture et corrections.

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event Date de dernière mise à jour : 03/10/2020

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