Quelques rêveries cosmiques cosmoquant-fr

Où-est-le-problème ?

Les mathématiques sont-elles taboues ?

 La question peut paraitre saugrenue dans une civilisation ayant consacré et consacrant encore tant d’efforts à la promotion des sciences et à leur développement.

Certains milieux occidentaux se plaisent d’ailleurs à répéter à l’envi l’histoire de Galilée pour illustrer la lutte contre l’obscurantisme, en particulier celui d’origine religieuse.

Que ce soit dans la vieille Europe continentale, ou dans les pays anglo-saxons (Royaumes unis, Etats-Unis, Australie, …) et même dans certains pays dits émergents (Chine, Inde, Nigéria, …), les recherches scientifiques absorbent ressources humaines et financières. Elles attirent, elles stimulent l’imagination et jouent encore pour certains le rôle que jouait autrefois la découverte de nouveaux continents. Et c’est tant mieux !

Mais les sciences sont-elles vraiment, toujours et partout, si bien acceptées et reconnues par les pouvoirs qui les mettent en place ou les sponsorisent parfois? Et sont-elles réellement connues d’un large public ? Celui-ci perçoit-t-il effectivement avec intérêt ces matières ardues dont les promoteurs lui avaient tant fait l’éloge ?

Ces questions contiennent des thématiques passionnantes sur lesquelles il me semble important de se pencher.

Les réponses qui peuvent leur être apportées demeurent multiples et complexes. Je vais tenter d’en présenter quelques-unes en les ordonnant au mieux ; ceci, de façon à les rendre compréhensibles.

L'incidence du genre.

Ce n’est vraiment pas un constat récent : le sexe de l’individu qui tente d’apprendre, d’appliquer ce qu’il a appris puis de le publier joue un rôle prépondérant. Par exemple, de tous temps et même si quelques exceptions existent, il a toujours mieux valu être du genre masculin que du genre féminin pour entrer dans la société fermée des mathématiques.

Si Theano (sixième siècle avant Jésus Christ) a pu avoir la chance de suivre l’enseignement de Pythagore puis d’en devenir l’épouse, les exemples heureux et réussis d’intégration des femmes dans cet univers impitoyable restent rares. Je pourrais citer le cas des femmes de Pickering, de la malheureuse Hipatia et le parcours rocambolesque de Sophie Germain ; il nous emmènerait jusqu’au mathématicien allemand Gauss en passant par Lagrange et Napoléon ! Dans tous les cas, j’en oublierais certainement beaucoup qui pourtant auraient mérité que je les cite pour honorer leur mémoire et leurs travaux.  

Pour autant, l’enfant qui naît au monde ne choisit pas son sexe car, pour l’heure, celui-ci reste déterminé par le hasard au moment d’une combinaison de chromosomes X et/ou Y lors de la méiose survenant entre les deux cellules initiales.

Peut-être le sexe sera-t-il un jour choisi par des ingénieurs de la manipulation génétique. Mais nous n’en sommes pas encore exactement là. Et quand bien même les sociétés du futur choisiraient d’en venir à ce degré de contrôle sur elles-mêmes, l’enfant qui naitrait dans de telles conditions sociétales n’aurait toujours pas été maître du choix de son sexe. Il ne serait pas non plus conscient du rôle social que celui-ci lui confèrerait potentiellement dans cette société ultra-policée au moment où il viendrait y pointer le bout de son nez. Là encore, des adultes -mais plus nécessairement ses parents- auraient présidé au destin de l’enfant à naître.

Et, que diable à ce que je sache, la manière dont les enfants sont conçus (naturellement ou par ingénierie génétique) ne change finalement rien aux a priori qu’ont les parents sur les rôles respectifs que doivent jouer les hommes et les femmes des générations qu’ils mettent au monde.

Cette mise à l’écart atavique de nos meilleures moitiés constitue donc bien une véritable discrimination à leur encontre. Cette sélection surprenante et apparemment arbitraire trouve cependant peut-être son origine dans la volonté inconsciente de répartir les tâches nécessaires à la survie des tribus humaines. Mais c’est là un tout autre débat. Le fait reste qu’être femme rend en moyenne l’accès aux sciences un tantinet plus délicat et que bien des femmes ayant pu y accéder ont bien souvent été forcées d’accepter des conditions de travail dégradées (voir la page : « les femmes de Pickering », par exemple).

Et celle du statut social.

Je renvoie ici à mon article « conseils aux futurs chercheurs ».

Le regard du citoyen, la liberté d’opinion, la liberté d’expression.

Il me semble bien que la diffusion de travaux scientifiques pose toujours et encore un problème de fond à certaines sociétés modernes.

L’affirmation concerne avec une vigueur accrue celles et ceux qui tentent de parler des sciences sans faire officiellement partie d’une université, d’une société industrielle ou savante.

Pour autant, puisqu’une partie des recherches scientifiques est financée par l’argent public, le bon sens veut que les régimes se disant être démocratiques autorisent le public à exercer un droit de regard en retour de son engagement financier.

Bien que la démocratie participative reste une grande illusion (voir la page « Amateurs et chercheurs »), le droit de regard inclut à mon sens celui d’exprimer un point de vue sur les choix généraux faits par les instances gouvernantes et par les organismes de recherche publics.

Il passe aussi, et pourquoi pas, par le droit de vulgariser certains aspects des sciences ou d’en faire un peu soi-même ; à condition bien entendu de garder raison, c’est-à-dire de ne pas outrepasser ses capacités réelles et de ne pas verser dans la propagation d’idées farfelues, infondées ou sulfureuses sans rapport avec la réalité physique.

Le droit.

Les sociétés modernes reposent, pour une grande part d’entre elles, sur un arsenal juridique et coutumier qui structure le comportement des individus acceptant d’y obéir.

Elles le font en particulier au travers des notions de « liberté d’opinion et d’expression » et de « liberté de la presse ».

L’Allemagne contemporaine, par exemple, fait reposer le droit relatif aux sciences et aux arts sur l’article cinq de sa loi fondamentale (sa constitution).

En France, ces libertés ont été créées par la déclaration les droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 (ses articles 10 et 11). Elle est complétée depuis par un certain nombre d’ajouts visant à interdire les dérives racistes, révisionnistes et haineuses.

Et c’est un grand bien pour ces sociétés d’accepter le principe d’une régulation de l’expression de la parole dans l’espace public. Car si presque tout peut à la rigueur se dire en bonne intelligence au sein de la cellule familiale, il semble judicieux de tenir compte des susceptibilités d’autrui lorsqu’il s’agit de diffuser un point de vue personnel en public. Comme c’est bien le cas dès le moment où il est fait usage d’Internet et de ses réseaux sociaux.

© Thierry PERIAT, 16 janvier 2020.

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Source utile à consulter :

Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse et les délits de presse.

Date de dernière mise à jour : 04/12/2022