Quelques rêveries cosmiques cosmoquant-fr

Perdus-au-milieu-des-mathématiques

 Les passionné(e)s et les amoureux(ses) de physique théorique connaissent vraisemblablement madame S. Hossenfelder. Cette chercheuse allemande traîne ses guêtres à travers le monde depuis de nombreuses années et, peu à peu, trace son chemin. Etats-Unis, Suède, Allemagne sont quelques-unes de ses haltes professionnelles. Elle conduit également avec assiduité un blog non sécurisé mais fort visité, commenté et apprécié ou critiqué ; en tout cas qui ne laisse pas indifférent celles et ceux qui le visitent*.

Son livre "Lost in maths" (perdus dans les mathématiques), paru le 12 juin 2018, a été traduit en français. Il défend le point de vue selon lequel la communauté scientifique fait actuellement fausse route, collectivement.

La raison ? La ligne de conduite consistant à « publier ou périr » qui, après s'être appliquée aux revues scientifiques, envahit désormais les universités et privent celles-ci de la liberté de penser nécessaire à l'épanouissement de toute recherche fondamentale.

L'exemple, d’après elle malheureux, de la théorie de « supersymétrie » apparemment devenue une religion sans avoir donné le moindre résultat expérimental tangible étaye sa thèse.

Il n’est pas faux de dire qu’elle s’oppose de toutes ses forces à la construction d’un accélérateur de particules plus puissant au CERN (voir ma page dédiée au LHC).

Je n'ai fait que parcourir la présentation de ce livre (trailers et commentaires) mais je suis certain d'une chose : il est bon que notre époque dispose d'esprits indépendants et critiques (Je peux difficilement tenir un propos contraire sans risquer d'être taxé d'incohérence intellectuelle!).

C'est là tout le mérite de cette chercheuse et il justifie que je lui consacre ces quelques lignes. Non pas tant pour faire la publicité de son ouvrage mais pour rebondir sur cette nécessité absolue d'interroger sans cesse les bases sur lesquelles repose la recherche fondamentale.

Si la recherche a besoin d'argent pour exister (une évidence ; voir la page « La recherche et l’argent »), et si ce besoin oblige les chercheurs ou leurs managers à courir après les sponsors ; s'il est juste que le public soit informé des utilisations faites de son argent par les pouvoirs politiques et administratifs en charge des orientations et de la gestion des recherches ; enfin, s'il est certain que certains sujets récents ont ce pouvoir magique de faire rêver le grand public (exoplanètes, vie extra-terrestre, énergie sombre, ondes gravitationnelles, trous noirs, etc…) et donc de favoriser son adhésion tacite aux choix faits ; je souscrits cependant entièrement au fait que :

  • la recherche -fondamentale ou expérimentale- n'a absolument plus rien de sexy, ni de palpitant, dès le moment où il faut rentrer dans le vif des détails techniques ;
  • la beauté esthétique sous-jacente des théories et de leurs équations mathématiques ou des idées, fussent-elles sponsorisées, ne suffit en rien à les légitimer.

Je retiens donc de la parution de cet ouvrage un vif encouragement à réfléchir sur la manière dont se fabrique la science-aujourd’hui.

Pour autant, même si certains auteurs ont le don de savoir mettre leur œuvre en valeur, il ne faudrait cependant pas confondre la carte (le dessin qu'on fait de la réalité) et le territoire (la réalité du terrain).

Ce ne sont pas toujours ceux dont on parle le plus ou qui parlent le plus d'eux-mêmes qui font le plus gros travail de défrichage...

La société occidentale a un petit côté  « m’as-tu vu », y compris au niveau des sciences, et celui-ci finit par lui faire oublier les milliers de fourmis assidues, travailleuses et silencieuses qui, jour après jour, conçoivent, testent et fabriquent les outils du futur. Peut-être certains confondent-ils show-biz et diffusion démocratique du savoir.

« Moins de bruit et plus de résultats ou plus de pédagogie » ... ne serait-il pas un meilleur adage pour faire aimer la recherche? Ceci exige bien entendu de pouvoir parler de ce qui se fait et ce n’est pas du tout évident ; voir aussi la page « Où est le problème ? ».

© Thierry PERIAT, 04 juillet 2019.

*Les commentaires ne sont désormais plus autorisés suite à de multiples dérives injurieuses de la part des intervenants ; voir mon article consacré aux forums scientifiques en ligne.

Vers la page « Archives ».

Photographie de l'anneau

Date de dernière mise à jour : 04/12/2022