Faire-aimer-les-mathématiques.

 

 Une partie de la presse française soulignait en début d’année 2022 la dégradation du niveau moyen des connaissances mathématiques dans notre pays [01], [02].

Ce coup d’épée supplémentaire porté contre notre amour-propre et l’image d’Epinal colportant la légende d’une France à l’avant-garde des descendants de Pythagore (nota bene : notre président actuel n’a-t-il pas choisi au début de son premier mandat un porteur de la médaille Field pour porter les mathématiques ?) s’ajoute à une longue liste de dégringolades : perte de compétitivité industrielle par rapport à des pays équivalents, déficits chroniques de la balance commerciale et des comptes sociaux, montée de l’incivilité, quartiers hors-république, etc.

Faut-il s’inquiéter du désintérêt pour les mathématiques ?

La réponse est sans aucun doute : oui.

Et il y a apparemment du pain sur la planche pour toutes celles (n’oublions pas le rôle indéniable des femmes dans la promotion des sciences fondamentales) et ceux souhaitant remonter le moral des Français et relever le niveau global, en particulier celui des connaissances mathématiques, pour faire face avec succès aux nombreux défis actuels.

Pour ne considérer que le domaine visant à maitriser notre autonomie énergétique, comment imaginer maintenir nos centrales nucléaires et en construire de nouvelles - éventuellement d’un autre genre (voir les recherches sur la fusion)- si nous manquons de techniciens et d’ingénieurs de haut niveau en physique des matériaux, en radioprotection, en médecine nucléaire?

Comment imaginer, concevoir et réaliser les technologies de demain (voitures, avions et bateaux électriques, batteries rapidement rechargeables ; ordinateurs plus rapides et plus sécurisés ; nouvelles molécules contre les cancers, contre les épidémies virales, sans doute conçues à l’aide de l’imagerie 3D et de l’intelligence artificielle ; meilleure maitrise des espèces botaniques, de la climatologie ; meilleure compréhension et sauvetage de notre système écologique ; etc., etc., etc.) … si nos collèges, nos lycées et nos universités ne parviennent plus à convaincre la jeunesse de choisir ces chemins-là du savoir ?

Il serait terriblement regrettable que le pays, une fois de plus, préfère former des armées de sociologues, de psychologues ou de psychiatres et fabriquer des milliers de tonnes de psychotropes pour soigner les dégâts engendrés par un chômage chronique et une misère rampante que la perte de compétitivité dans ces secteurs d’avenir ne manquerait pas de générer dans les prochaines années.

Les dérives et les dangers d’une société finalement inégalitaire qui a du mal à ne plus être monarchiste.

Ici aussi il est urgent de sortir du paradigme politico-social des années 1870-2017.

Cette logique stérile de lutte des classes et de guerre civile permanente conduit lentement mais inexorablement le pays sur la pente d’une déchéance collective globale. Car on ne construit pas une société et une vie en commun en suivant des logiques qui fabriquent des ghettos sociaux.

J’en veux pour preuve la montée progressive mais bien avérée des extrêmes, de gauche comme de droite ; et ce, depuis une quarantaine d’années (depuis la fin des trente glorieuses). Il serait dommage que la France connaisse d’ici cinq ans le triste sort de la République de Weimar ; celle dont l’échec a mené Hitler au pouvoir en 1933.

Sortir des catégories rigides et immuables qui enferment et condamnent les individus.

L’apprentissage des mathématiques n’est pas réservé à une élite, ni aux garçons, ni à une classe sociale particulière devant avoir des origines aisées ; contrairement à ce qu’en a peu à peu fait le système inégalitaire des grandes écoles françaises.

Il est dommage que celles et ceux des jeunes qui maitrisent plus facilement les sciences exactes et la logique soient devenus en quelque sorte les représentants naturels d’une nouvelle noblesse (L’état d’esprit qui régnait par exemple dans certaines familles au cours des années soixante-dix).

Il est regrettable qu’à la suite de cette perversion du système le reste des effectifs scolaires et universitaires ait fini par être assimilé à une sorte de sous-classe condamnée aux emplois jugés subalternes et donc forcément moins bien payés, moins bien reconnus ou considérés. Il est triste que toute orientation professionnelle ayant à faire avec la technologie ou le travail manuel de la matière ait été considérée comme une forme d’échec par les parents et leurs rejetons.

Je salue donc avec beaucoup de joie le vif renouveau de l’apprentissage et de l’enseignement en alternance.

Par ailleurs, il serait quasiment idiot de croire qu’un métier manuel puisse être exercé par des individus insensés et dépourvus de logique ou de capacités intellectuelles. Mon beau-père, un simple cordonnier, a répété jusqu’à la fin de sa vie cette petite phrase anodine : « Nous n’avons pas besoin d’imbéciles pour réparer les chaussures ! »

Il faut cesser d’exercer le mécanisme cartésien stupide consistant à faire des catégories immuables et rigides dans lesquelles on rangerait pour toute une vie les futurs citoyens dès leur treizième anniversaire ! Quel avenir a une société qui enterre socialement sa jeunesse si tôt !

Prendre en compte le lent murissement de l’individu tout au long de sa vie.

La maturation humaine est un long processus. Il prend parfois des dizaines d’années. Un ou une qui préférera commencer sa vie par un apprentissage de l’ébénisterie ou de l’industrie arboricole parce qu’il (elle) aime toucher et transformer la matière, parce qu’il (elle) veut gagner sa vie vers vingt-ans et non pas à trente, pourra vouloir approfondir plus tard sa discipline et souhaiter commencer un cursus le menant au diplôme d’ingénieur … au fil de sa carrière. Et peu importe s’il ou si elle a besoin de dix ans pour y parvenir.

Pourquoi ce chemin de vie serait-il interdit ou impossible ? Il y a des pays où ce que je viens de décrire brièvement est une réalité quotidienne ; c’est la formation professionnelle continue tout au long de la vie. Une belle idée à absolument et urgemment faire sortir des boîtes à rêves des idéologues, des textes théoriques du législateur ou des scandales successifs de détournement de l’argent public dédié à ce projet nécessaire de sauvetage de la société française.

© Thierry PERIAT, 1 mai 2022.

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Bibliographie :

[01] L’Express, Les mathématiques, grande cause nationale pour le prochain quinquennat ; 7 février 2022.

[02] L’Express, Mathématiques au lycée : le ministre de l’Education lance une concertation ; 18 février 2022.

Date de dernière mise à jour : 05/05/2022

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