Maisons-d'éditions

1. Préserver le savoir et les sciences.

 « Le progrès ne sert que s’il peut être partagé », c’était -il y a quelques années- un slogan diffusé sur certaines stations radiophoniques françaises pour faire comprendre la nécessité de ne pas réserver les avancées technologiques à un nombre restreint d’individus ; en quelque sorte, un plaidoyer en faveur d’une démocratisation des nouveautés facilitant la vie quotidienne.

Il règne depuis plusieurs dizaines d’années un état d’esprit similaire dans certaines parties des communautés scientifiques. Certains de leurs membres ont enfin réalisé que les élites n’avaient rien à gagner à se murer dans leur tour d’ivoire pour y manipuler plus ou moins en secret des idées et des symboles compliqués si personne, exception faite de leurs pairs peut-être, ne pouvait en prendre connaissance ou profiter des retombées concrètes éventuelles.

La problématique de la diffusion raisonnée du savoir scientifique n’a rien de nouveau [01], d’anodin et encore moins de secondaire.

L’absence de public, par exemple, met en péril des maisons d’édition spécialisées [02] et -bien pire encore- les connaissances qu’elles se chargent normalement de publier.

L’aventure existentielle et éditoriale d’un théorème de M. Freedman (1981) essentiel pour la topologie illustre bien le propos qui, au demeurant, dépasse les limites de l’hexagone et les seules disciplines scientifiques ; pour en découvrir tous les détails, voir [03 ; en anglais]. La librairie de l’Université d’Oxford (OUP) tente de sauver ce morceau de mathématique en lançant une suscription. La France, elle aussi se voit dans l’obligation d’aider à sa façon les maisons d’édition [04].

La pandémie (fin 2019 - …) n’est pas la seule cause de ces déboires, elle est en quelque sorte la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà bien plein ; même si, dit en passant, il peut paraître surprenant que cette période de confinement forcé n’ait pas au contraire ressuscité le goût pour la lecture et, par suite, gonflé les ventes de livres en papier ou de revues électroniques en ligne.

En France, l’Académie des sciences, depuis longtemps consciente de la problématique, a d’ailleurs publié un point complet et intéressant sur le sujet dès 2014 [05] ; signalant au passage les coûts de publication devenus exorbitants, la démultiplication excessive des revues (voir aussi la page : "Internet et reconnaissance") et les mauvaises utilisations du facteur d’impact. Ce rapport participe d’une réflexion plus globale, à l’échelle internationale, visant à redéfinir l’édition scientifique au vingt-et-unième siècle. Les constats et les réflexions qu’il contient ont contribué à la redéfinition et à la diversification du concept de publication ouverte.

La Suisse rappelle dans ses archives de 2015 [06] les liens historiques entre imprimeurs, librairies et maisons d’édition ; ces dernières n’ayant acquis leur indépendance par rapport aux deux premiers que très récemment (au dix-neuvième siècle). Elle relève aussi l’importance du facteur d’échelle (éditions locales, nationales et internationales) dans les capacités à survivre de manière autonome.

D’autres points de vue insistent sur la pertinence d’une obligation pour tous les auteurs à déposer une copie de tout ce qu’ils produisent en papier ou en données électroniques dans d’immenses archives institutionnelles, indépendamment de la commercialisation qui en est ou non faite. C’est ce que pratiquent au moins en partie déjà les Etats-Unis, les Allemands, la France (Bibliothèque Nationale, HAL, NUMDAM, etc.) et bien d’autres pays encore.

Chaque pays adhérant à cette recommandation s’offre ainsi de facto l’immense avantage d’être dépositaire d’un patrimoine intellectuel colossal, quelle qu’en soit la valeur effective. Il en reste une trace, une preuve, et tout un chacun peut ensuite consulter ce trésor en fonction de ses compétences, de ses besoins du moment et de ses habilitations.

© Thierry PERIAT.

Illustration photographique :

La photographie est ma propriété et représente une page d'un ouvrage du Baron de Véga.

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Bibliographie :

[01] La science populaire dans la presse, voir le chapitre « Les éditeurs et le marché : la vulgarisation dans l’édition française », pp. 31-50, 1997, cairn.org.

[02] Vers une vague de faillites de librairies et de maisons d’édition, stratégies.fr, 6 avril 2020.

[03] New math Book Rescues Landmark Topology Proof, Quantamagazine.org, 9 September 2021.

[04] Aide exceptionnelle à la relance des maisons d’édition, Centre National du Livre, 9 septembre 2021 ; les-aides.fr.

[05] Les nouveaux enjeux de l’édition scientifique, rapport de l’Académie des sciences, 24 juin 2014.

[06] Maisons d’édition, Dictionnaire historique de la Suisse, version du 19 mars 2015.

Date de dernière mise à jour : 11/09/2021