Mathématiques et sociétés

Les mathématiques sont-elles parfois taboues ?

(Citation), La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 fait de la libre communication des pensées et des opinions l’un des «droits les plus précieux de l’homme» (art. 11). Cette liberté a été réaffirmée «sans considération de frontières» et «par quelque moyen d’expression que ce soit» par l’Assemblée générale des Nations unies, dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de1948, et par le Conseil de l’Europe dans la Convention européenne des droits de l’homme ratifiée par la France en 1974. Ce statut de droit fondamental n’autorise pas, pour autant, à s’exprimer sans retenue. La loi pose, en effet, des limites à la liberté d’expression. Et ce, quel que soit le support utilisé: site internet, réseaux sociaux, blog, forum de discussion... (fin de citation).

Source : La liberté d’expression sur internet (lefigaro.fr) - lien externe.

1. Les sociétés, les mathématiques, les ressentis

 La question peut paraitre saugrenue dans une civilisation ayant consacré et consacrant encore tant d’efforts à la promotion des sciences et à leur développement. Certains milieux occidentaux se plaisent par exemple à répéter l’histoire de Galilée pour illustrer la lutte contre l’obscurantisme, en particulier celui d’origine religieuse.

Que ce soit dans la vieille Europe continentale, ou dans les pays anglo-saxons (Royaumes unis, Etats-Unis, Australie, …) et même dans certains pays dits émergents (Chine, Inde, Nigéria, Ghana, …), les recherches scientifiques absorbent ressources humaines et financières. Elles attirent, elles stimulent l’imagination et jouent encore pour certains le rôle que jouait autrefois la découverte de nouveaux continents. Et c’est tant mieux car on n’arrête pas le progrès !

Mais les sciences sont-elles vraiment, toujours et partout, si bien acceptées et reconnues par les pouvoirs qui les mettent en place ou les sponsorisent parfois? Et sont-elles réellement connues d’un large public ? Celui-ci perçoit-t-il effectivement avec intérêt ces matières ardues dont les promoteurs lui avaient tant fait l’éloge ?

Ces questions contiennent des thématiques passionnantes sur lesquelles il me semble important de se pencher. Les réponses qui peuvent leur être apportées demeurent multiples et complexes. Je vais tenter d’en présenter quelques-unes en les ordonnant au mieux ; ceci, de façon à les rendre compréhensibles.

2. Le genre

Ce n’est vraiment pas un constat récent : le sexe de l’individu qui tente d’apprendre, d’appliquer ce qu’il a appris puis de le publier joue un rôle prépondérant. Par exemple, de tous temps et même si quelques exceptions existent, il a toujours mieux valu être du genre masculin que du genre féminin pour entrer dans la société fermée des mathématiques.

Si Theano (sixième siècle avant Jésus Christ) a pu avoir la chance de suivre l’enseignement de Pythagore puis d’en devenir l’épouse, les exemples heureux et réussis d’intégration des femmes dans cet univers impitoyable restent rares. Je pourrais citer le cas de la malheureuse Hipatia et le parcours rocambolesque de Sophie Germain ; il nous emmènerait jusqu’au mathématicien allemand Gauss en passant par Lagrange et Napoléon ! Dans tous les cas, j’en oublierais certainement beaucoup qui pourtant auraient mérité que je les cite pour honorer leur mémoire et leurs travaux.  

Pour autant et pour l’heure, l’enfant qui naît au monde ne choisit pas son sexe car celui-ci reste déterminé par le hasard au moment d’une combinaison de chromosomes X et/ou Y lors de la méiose survenant entre les deux cellules initiales.

Peut-être le sexe sera-t-il un jour choisi par des ingénieurs de la manipulation génétique. Mais nous n’en sommes pas encore exactement là. Et quand bien même les sociétés du futur choisiraient d’en venir à ce degré de contrôle sur elles-mêmes, l’enfant qui naitrait dans de telles conditions sociétales n’aurait toujours pas été maître du choix de son sexe. Il ne serait pas non plus conscient du rôle social que celui-ci lui confèrerait potentiellement dans cette société ultra-policée au moment où il viendrait y pointer le bout de son nez. Là encore, des adultes -mais plus nécessairement ses parents- auraient présidé au destin de l’enfant à naître.

Et, que diable à ce que je sache, la manière dont les enfants sont conçus (naturellement ou par ingénierie génétique) ne change finalement rien aux a priori qu’ont les parents sur les rôles respectifs que doivent jouer les hommes et les femmes des générations qu’ils mettent au monde.

Cette mise à l’écart atavique de nos meilleures moitiés constitue donc bien une véritable discrimination à leur encontre. Cette sélection surprenante et apparemment arbitraire trouve cependant peut-être son origine dans la volonté inconsciente de répartir les tâches nécessaires à la survie des tribus humaines. Mais c’est là un tout autre débat.

Le fait reste qu’être femme rend en moyenne l’accès aux sciences un tantinet plus délicat et que bien des femmes ayant pu y accéder ont bien souvent été forcées d’accepter des conditions de travail dégradées (les femmes de Pickering, Lise Meitner, par exemple).

3. Le droit en vigueur, la liberté d’opinion, la liberté d’expression

Il me semble bien que la diffusion de travaux scientifiques pose aujourd’hui encore un problème de fond à certaines sociétés modernes.

L’affirmation s’applique avec d’autant plus de justesse que celles et ceux qui tentent de parler des sciences ne font pas officiellement partie d’une université, d’une société industrielle ou savante.

Pour autant, puisqu’une partie des recherches scientifiques est financée par l’argent public, nos impôts, le bon sens veut que les régimes démocratiques autorisent le public à recevoir en retour, au minimum,

  • des comptes-rendus sur la manière dont son engagement financier est utilisé ;
  • la possibilité d’exprimer un point de vue sur les choix faits par les diverses instances de la recherche publique.
  • le droit de vulgariser certains aspects des sciences ou/et d’en faire un peu soi-même ; à condition bien entendu de garder raison, c’est-à-dire de ne pas outrepasser ses capacités réelles et de ne pas verser dans la propagation d’idées farfelues, infondées ou sulfureuses sans rapport avec la réalité physique.

Les sociétés modernes reposent, pour une grande part d’entre elles, sur un arsenal juridique et coutumier qui structure le comportement des individus acceptant d’y obéir. Elles le font au travers des notions de « liberté d’opinion et d’expression » et de « liberté de la presse ».

L’Allemagne contemporaine, par exemple, fait reposer le droit relatif aux sciences et aux arts sur l’article cinq de sa loi fondamentale (sa constitution).

En France, ces libertés ont été créées par la déclaration les droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 (ses articles 10 et 11). Elle est complétée à juste raison depuis par un certain nombre d’ajouts visant par exemple à interdire les dérives racistes, révisionnistes et haineuses.

Et c’est un grand bien pour ces sociétés d’accepter le principe d’une régulation de l’expression de la parole dans l’espace public. Car si presque tout peut -à la rigueur- se dire en bonne intelligence au sein de la cellule familiale, il semble judicieux de tenir compte des susceptibilités d’autrui lorsqu’il s’agit de diffuser un point de vue personnel en public. Comme c’est le cas dès le moment où il est fait usage d’Internet et de ses réseaux sociaux.

© Thierry PERIAT

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Date de dernière mise à jour : 11/09/2021