Fusion-nucléaire

La crise de l'énergie.

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Depuis dix-mille ans, la population humaine [01] ne cesse d’augmenter. Elle le fait de manière très progressive… sauf depuis un siècle, période de l’histoire au cours de laquelle le graphe rendant compte des évolutions démographiques ressemble à celui trahissant la présence naissante d’une secousse séismique.

Bien logiquement, cette augmentation s’accompagne de besoins énergétiques croissants. La croissance des besoins n’est pas proportionnelle à celle des populations mais plus rapide qu’elle parce qu’il faut encore y ajouter les conséquences de découvertes technologiques récentes (électroménager, télécommunications, ordinateurs, voitures, etc.) grandes consommatrices d’énergies électriques.

C’est là l’état des lieux en ce début du vingt-et-unième siècle et la raison à la fois simple et profonde de la crise énergétique à laquelle il faut désormais faire face.

Crédit photographgique : Image par Gerd Altmann de Pixabay.

Quelle stratégie ?

Devant ce constat un tantinet anxiogène, il convient de ne pas paniquer et de continuer à raisonner calmement. Que faire ?

Arrêter de mettre des enfants au monde ? Les politiques de régulation des naissances mises en œuvre au cours de la seconde moitié du vingtième siècle en Inde et en Chine ont montré leur grande inefficacité.

Organiser la croissance zéro autrefois si chère à mon père ? Les arguments des défenseurs de cette thèse n’ont pas réussi à convaincre la majorité des intéressés.

Arrêter les usines qui tournent déjà pour consommer moins d’énergie ? Eteindre nos télévisions, tablettes, radios, ordinateurs, téléphones ? Abandonner nos voitures sur le bord de la route et se mettre tous à faire du vélo ou remettre les chevaux arrimés à des carioles au goût du jour ? Ubuesque, surréaliste !

Crédit photographique : Image par Tomasz Proszek de Pixabay.

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Seuls espoirs raisonnables : le travail et la recherche !

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Toutes ces stratégies minimalistes semblent impossibles à mettre en œuvre, tant l’appétit de confort des humains est grand et légitime, surtout dans un monde où ceux qui n’ont pas encore atteint le niveau minimum de bien-être restent bien trop nombreux ! Se serrer la ceinture quand on n’a rien ou très peu, c’est impossible. Cette demande est d’ailleurs insultante quand elle émane de pays riches et qu’elle s’adresse à ceux qui le sont moins, beaucoup moins.

Alors que faire ? N’en déplaise aux babas-cool ayant survécu aux dernières décennies : lire et observer, apprendre et étudier, réfléchir et concevoir, optimiser nos connaissances et créer de nouvelles technologies plus performantes, découvrir de nouvelles sources d’énergie !

Crédit photographique : Image par Janno Nivergall de Pixabay.

Les pistes du futur.

A peine visibles, à peine audibles à cause du grand brouhaha mondial, il y a ceux qui n’ont pas perdu la foi dans l’ingéniosité humaine et qui ne voient pas dans la maîtrise des sciences ou des techniques qu’elles permettent de mettre au point un pacte satanique menant irrémédiablement à la fin du monde. Ils y voient au contraire les solutions concrètes à nos besoins, le bout d’un tunnel et la beauté d’un ciel dégagé faisant suite à l’orage.

Parmi les grands espoirs actuels : la mise au point de machines créant la fusion nucléaire sans en perdre le contrôle, les mini-réacteurs nucléaires et la découverte de matières premières dans notre voisinage spatial.

Aussi folles que puissent encore apparaitre ces perspectives dans les yeux des humains d’aujourd’hui, elles existent et elles font l’objet de développements bien réels.

Crédits photographiques : Image par Foundry Co de Pixabay.

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Le feu solaire maîtrisé : l'exemple allemand de Wendelstein.

Wendelstein 7-X: c’est le petit nom donné par nos voisins allemands à l’une de leurs quatre installations de fusion nucléaire [02] ; le petit frère du projet international ITER à Cadarache, en quelque sorte.

Niché près de la ville de Greifswald (Université), à quelques kilomètres des côtes de la Baltique et finalement pas très loin non plus du lieu d’émergence du pipeline Nordstream2 faisant aujourd’hui polémique entre l’Allemagne, la Russie, les partenaires européens de l’Allemagne et les Etats-Unis, l’engin de seize mètres sur seize est le fruit d’une longue maturation technologique. Car il aura fallu dix ans pour en planifier l’existence et encore autant pour que la machine voit le jour. Les expériences ont cependant débuté en 2015.

Le Max Planck Institute für Plasmaphysik [04] propose une série de vidéos illustrant le déroulement du projet et son état actuel d'avancement.

Les premiers plasmas réalisés en 2020 et 2021 donnent satisfaction aux ingénieurs (températures atteintes, stabilité du confinement, etc.). 

Au-delà des prouesses théoriques, scientifiques et techniques que représentent la réalisation et la maîtrise de la fusion nucléaire, il y a bien entendu la nécessité de satisfaire l’insatiable besoin d’énergie et l’espoir d’utiliser des énergies moins dangereuses ou moins polluantes que les précédentes (fossiles, nucléaires) [03].

Concernant ce dernier argument, il serait bien entendu naïf de penser qu’un processus de fusion soit totalement exempt de radioactivité. Mais pour autant, si la fission de nos centrales actuelles consomme des centaines de tonnes de matériaux radioactifs (uranium, etc.), la fusion n’a besoin que de quelques grammes.

Globalement, cette mutation devrait donc représenter un bonus pour l’humanité.

Les difficiles choix stratégiques.

Ceci explique peut-être pourquoi notre voisin oriental immédiat (l’Allemagne) a fait le choix de sortir du nucléaire -et bien que les énergies solaires et éoliennes aient déjà représenté dix-huit pour cent de ses sources d’énergie en 2018- qu’il tente de compenser la perte générée par la fermeture programmée des mines de charbon (la dernière mine en service a fermé en octobre 2018) et des centrales nucléaires classiques par la production d’une autre forme de courant.

Si la stratégie se comprend aisément et peut inspirer utilement d’autres pays européens, elle reste l’objet d’âpres débats, tant au niveau des scientifiques que des décisionnaires.

Par exemple, les détracteurs souhaitent l’arrêt total du projet fusion et font remarquer les incohérences des politiques suivies puisque la fusion ne peut s’obtenir qu’à l’aide de grandes installations fort couteuses en énergie.   

A titre indicatif, le projet international ITER devrait engloutir vingt milliards d’euros d’ici 2035 et d'après les informations actuellement disponibles sur le site officiel de l'Institut Max Planck, Wendelstein 7x aura couté un milliard d'euros. Le réacteur est désormais fonctionnel et les essais sont en cours (voir les diverses vidéos mises en ligne sur [04]).

Les deux projets ne sont en fait ni concurrentiels ni exclusifs l’un de l’autre. Au contraire, ils se complètent utilement puisque techniquement les équipes scientifiques internationales qui coopèrent à Wendelstein réalisent un travail précurseur et pionnier indispensable à la mise en route d’ITER.

Les espoirs soulevés par ce projet dépassent largement les frontières germaniques et européennes puisque des sociétés canadiennes et américaines investissent déjà massivement dans un certain nombre de start-ups.

Cet engouement est largement justifié par le fait que, malgré les critiques, le succès assurerait à l’humanité de sortir pour la première fois de son histoire d’une dépendance aux énergies fossiles : un rêve enfin réalisé !

Dans tous les cas de figure, et quoiqu’il arrive, la production massive, effective et stable de ce nouveau courant -considéré comme propre par comparaison avec d’autres- doit intervenir au plus tôt vers 2050 …

Ressources bibliographiques.

[01] Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Population mondiale de Wikipédia en français (auteurs).

[02] Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Wendelstein 7-X de Wikipédia en français (auteurs).

[03] Strom aus Kernfusion soll die Energiewelt revolutionieren; Handelsblatt, 14 Januar 2019. (Traduction : le courant issu de la fusion nucléaire devrait révolutionner le monde de l'énergie).

[04] Site officiel de l'Institut Max Planck : https://www.ipp.mpg.de/w7x.

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Date de dernière mise à jour : 29/11/2021