La morsure de serpent

Un fléau ignoré

Un fléau ignoré

Pour une raison dont j‘ignore la cause, les serpents sont l’objet d’un regain d’intérêt dans les revues scientifiques. Est-ce pour détourner quelques instants nos cerveaux du sujet monopolisant la quasi-totalité des espaces médiatiques ? Est-ce justement pour rappeler que la vie humaine ne se résume pas à lutter contre la pandémie due au coronavirus ?

Toujours est-il que l’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S) a fini par reconnaître en 2017 que les morsures faites par des serpents et les conséquences de celles-ci constituaient en quelque sorte un fléau tropical oublié.

Aux Etats-Unis, comme en Europe, les morsures sont relativement peu nombreuses et très rarement fatales. Même en Australie, un pays-continent reconnu pour la dangerosité de ces serpents, le pronostic vital des victimes est rarement mis en jeu. En revanche, l’Afrique sub-saharienne dénombre plusieurs centaines de milliers de cas dont vingt pour cent génèrent des séquelles post-traumatiques graves pouvant inclure des amputations du membre mordu ; cinq pour cent des victimes décèdent. Mais le pire des tableaux concerne l’Inde avec deux millions de morsures par an et un taux de mortalité également autour de cinq pour cent.

L’état des lieux

Comparé au taux moyen de mortalité actuellement constaté par les organismes surveillant la pandémie due au coronavirus (deux à trois pour cent), le taux des morsures mortelles peut apparaitre fort. Et on pourrait donc s’étonner que ce fléau ait si peu attiré l’attention dans les pays concernés. Les deux millions sept cent mille morsures annuelles (estimation) restent cependant une plaie très insignifiante lorsqu’elles sont comparées au nombre de morts dues aux maladies cardio-vasculaires et cancéreuses. C’est là tout le drame des statistiques.

Par ailleurs, le traitement médical d’une morsure est connu et efficace … pour peu qu’il soit administré dans les deux heures qui suivent la morsure. Et c’est là que la pratique diffère de la théorie.

A la mise en pratique effective du scénario idéal s’opposent une série d’embuches :

  • Le lieu habituel des accidents se trouve bien souvent dans les terres agricoles éloignées des villages et les villages concernés ne disposent pas toujours des structures (médecin, dispensaire, réfrigérateur) et réserves médicales (vaccins) permettant de répondre à l’urgence en temps voulu ;
  • Le cout des traitements dépasse parfois les capacités financières des malades ;
  • Les vaccins connus et disponibles ne sont pas toujours les antidotes du venin injecté ;
  • Il faut attendre que le venin injecté commence à se manifester par quelques symptômes qui lui sont spécifiques pour être certain du type de vaccin à administrer.

Ce tableau est encore aggravé par deux facteurs :

  • Les populations concernées par le danger le sous-estiment et n’intègre pas de gestes préventifs dans leurs us et coutumes (port de bottes, de gants) ;
  • La recherche scientifique stagne depuis bientôt cent vingt ans ;
  • Les chevaux jouent un rôle prépondérant dans la fabrication des antidotes et tous les corps humains n’acceptent pas forcément les anticorps issus de cet animal.

Les pistes de recherche

Devant une telle situation, des équipes scientifiques se sont emparées du sujet.

  • Elles cherchent à « humaniser » les anticorps et explorent les procédés consistant à les faire produire par des bactéries.
  • Une autre piste consiste à neutraliser les toxines les plus dangereuses contenues dans un venin ; les métalloprotéinases semblent efficaces contre les morsures de vipères si on en croit les tests réalisés en laboratoire. Cette branche des recherches offre le grand avantage de pouvoir mettre à disposition des antidotes sous forme de comprimés. Les problèmes de la réfrigération et du transport seraient résolus d’un coup ; sans compter le moindre coût de ce type de production.
  • Enfin, plus récemment, un espoir est apparu de manière inattendue au travers de l’utilisation de nanoparticules de plastique capables de mimer l’action d’anticorps. Testées sur des souris de laboratoire auxquelles on avait au préalable injecté une dose mortelle de venin, les structures carbonées fixent le poison et sauvent la vie des animaux. Pour autant il reste de nombreuses épreuves à surmonter avant de pouvoir utiliser cette technique sur les humains. La réticence psychique vis-à-vis des nanostructures plastifiées, qui plus est injectables dans le sang humain et la miniaturisation des mailles de ces structures pour qu’elles soient effectivement injectables sont deux des obstacles qui risquent de ralentir cette voie de recherche pour longtemps.

© Thierry PERIAT

Vers le survol des sciences.

Date de dernière mise à jour : 30/03/2021